La docilité érigée en vertu: l’un des plus grands freins de la société guinéenne.

La docilité érigée en vertu : l’un des grands freins de la société guinéenne

Il y a un trait de caractère que je peine à comprendre et que je critique depuis longtemps dans notre culture politique : cette tendance à considérer que le chef a toujours raison et qu’il ne faut jamais le contredire.

Depuis des générations, beaucoup de Guinéens ont intégré l’idée que la soumission, la docilité et la résignation face à l’autorité sont des comportements normaux, voire souhaitables. Dans l’imaginaire collectif, le chef est souvent placé au-dessus de la critique. Peu importe ses erreurs, ses abus ou ses contradictions, certains estiment qu’il faut le suivre, l’approuver ou, au minimum, se taire.

Cette mentalité est profondément ancrée. Elle pousse certains à considérer toute contestation comme une forme d’insubordination. Celui qui revendique ses droits, qui remet en cause une décision ou qui exprime un désaccord est rapidement accusé d’être irrespectueux, arrogant ou déstabilisateur.

C’est ce qui explique en partie les réactions que l’on observe parfois face à certaines crises politiques dans la sous-région. Dans le bras de fer opposant Ousmane SONKO à Bassirou Diomaye Faye, de nombreux Guinéens ne s’interrogent pas d’abord sur le fond des revendications ou sur la légitimité des positions défendues. Ils condamnent avant tout le fait qu’un subordonné politique ose s’opposer à celui qui occupe la fonction suprême. Pour eux, le simple fait de contredire un chef constitue presque un crime de lèse-majesté.

Pourtant, les sociétés qui progressent sont celles où les citoyens exercent leur esprit critique. Elles sont bâties sur le débat, la contradiction et le contrôle de l’autorité. Aucun dirigeant n’est infaillible. Aucun chef ne détient à lui seul la vérité absolue. Le respect de l’autorité ne signifie pas l’abandon de son libre arbitre.

Cette culture de la soumission explique aussi pourquoi certains dirigeants finissent par se croire intouchables. Lorsqu’un peuple renonce à questionner ses gouvernants, ceux-ci prennent progressivement l’habitude de décider sans rendre de comptes. Ils considèrent alors les citoyens comme une simple masse destinée à obéir plutôt qu’à participer à la vie publique.

La Guinée a besoin de citoyens responsables, pas de fidèles inconditionnels. Elle a besoin d’hommes et de femmes capables d’applaudir lorsqu’une décision est bonne, mais aussi de critiquer lorsqu’elle est mauvaise. Car le véritable patriotisme ne consiste pas à défendre systématiquement ceux qui gouvernent ; il consiste à défendre les intérêts de la nation, quelle que soit l’identité de celui qui exerce le pouvoir.

Tant que nous continuerons à confondre respect et soumission, loyauté et servilité, autorité et vérité, nos dirigeants continueront à nous marcher dessus. Une démocratie vivante ne se construit pas avec des sujets dociles, mais avec des citoyens libres et conscients de leurs droits.

Tob Balde
@à la une

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