
Amadou Diouldé Diallo : au-delà du dédommagement, le devoir de réhabiliter un grand commis de l’État
Dans la vie d’une nation, il est des hommes et des femmes dont le parcours mérite d’être regardé avec lucidité, au-delà des polémiques, des accusations et des épreuves judiciaires. Amadou Diouldé Diallo appartient, à nos yeux, à cette catégorie de hauts cadres dont l’expérience et l’expertise devraient continuer à servir la République.
Son parcours dans le secteur de l’eau en Guinée est suffisamment significatif pour que son cas interpelle. Deux fois Directeur général de la Société des eaux de Guinée (SEG), avec plus d’une décennie de responsabilités dans le secteur, il a également occupé les fonctions de Secrétaire général du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Il fait donc partie de ces cadres qui ont acquis une connaissance concrète de l’administration, des réalités du terrain et des enjeux liés à l’accès à l’eau potable.
Pourtant, son parcours a été brutalement interrompu lorsqu’il a été accusé de faits de corruption et de détournement de deniers publics dans le cadre de ses fonctions à la tête de la SEG. Démis de ses fonctions et traduit devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), il aura passé plus de trois années dans une procédure judiciaire avant d’être finalement relaxé.
Cette issue judiciaire soulève une question essentielle : lorsque la justice relaxe un haut cadre après plusieurs années de procédure, que devient son honneur professionnel ? Une indemnisation peut, dans certains cas, réparer une partie du préjudice matériel subi. Mais elle ne suffit pas toujours à réparer une réputation atteinte, une carrière interrompue et des années perdues au service de l’État.
Réhabiliter plutôt que simplement dédommager
Le cas d’Amadou Diouldé Diallo mérite donc d’être posé sous l’angle de la réhabilitation.
Lorsqu’un cadre de l’État est accusé, suspendu de ses fonctions, exposé publiquement et soumis à une longue procédure judiciaire, puis finalement relaxé, la République ne devrait-elle pas réfléchir aux moyens de restaurer pleinement sa réputation et de reconnaître à nouveau son expertise ?
La réhabilitation ne doit pas être perçue comme une faveur. Elle peut être considérée comme une exigence de justice administrative et morale lorsque les accusations n’ont pas abouti à une condamnation.
Amadou Diouldé Diallo n’est pas seulement un ancien dirigeant de la SEG. Il est présenté par son parcours comme un professionnel qui connaît intimement le secteur de l’eau et les rouages de l’administration publique. Il a dirigé à deux reprises la Société des eaux de Guinée et a contribué, durant ses années de responsabilité, à la conduite de projets structurants dans le secteur, notamment ceux soutenus par les partenaires japonais.
Cette expérience constitue un capital pour l’État guinéen. Dans un pays confronté à d’importants défis en matière d’eau potable, d’assainissement et d’infrastructures hydrauliques, l’expertise de cadres expérimentés ne devrait pas être considérée comme une ressource à jeter après une épreuve judiciaire.
L’administration a besoin de mémoire et d’expérience
La question dépasse d’ailleurs le seul cas d’Amadou Diouldé Diallo.
La performance de l’administration publique ne dépend pas uniquement des diplômes ou des nouvelles générations de cadres formés dans les grandes écoles. Elle repose également sur la transmission de l’expérience, la connaissance des procédures, la maîtrise des réalités du terrain et la capacité à conduire des projets complexes.
On peut être brillant, diplômé des meilleures institutions et disposer de compétences théoriques solides, tout en ayant besoin d’apprendre auprès de ceux qui ont déjà exercé des responsabilités et affronté les réalités de l’administration.
L’administration a une mémoire. Elle possède ses pratiques, ses mécanismes, ses contraintes et ses subtilités qui ne s’apprennent pas uniquement dans les amphithéâtres ou les grandes écoles.
À ce titre, se priver systématiquement de cadres expérimentés ayant fait leurs preuves peut constituer un véritable déficit pour l’État.
Les difficultés de performance observées dans certains établissements publics administratifs (EPA) peuvent aussi être liées à cette perte progressive d’expérience et à l’absence de profils suffisamment aguerris aux postes de responsabilité. La compétence administrative se construit certes par la formation, mais aussi par l’expérience, la continuité et la transmission.
Une question de cohérence dans la réparation
Le débat sur la réhabilitation des cadres ayant connu des procédures judiciaires pose également une question de cohérence dans la manière dont l’État traite ceux qui ont été blanchis ou relaxés par la justice.
L’exemple récemment évoqué du colonel Bienvenu Lamah, relaxé dans le dossier relatif aux événements du 28 septembre et ayant par la suite bénéficié d’une promotion au grade de général de division, a suscité des interrogations dans l’opinion.
Sans remettre en cause les décisions souveraines de l’État ni les procédures judiciaires, une question demeure légitime : pourquoi certains cadres bénéficient-ils d’une réhabilitation institutionnelle après avoir été lavés des accusations portées contre eux, tandis que d’autres semblent condamnés à porter durablement le poids d’une procédure pourtant soldée par une relaxe ?
La justice ne devrait-elle pas produire les mêmes effets de réparation pour des situations comparables ?
Il ne s’agit pas de réclamer un privilège particulier pour Amadou Diouldé Diallo. Il s’agit de défendre un principe : un cadre relaxé par la justice ne devrait pas rester définitivement marqué par une accusation qui n’a pas été établie.
La Guinée a besoin de ses compétences
Notre pays ne dispose pas d’un nombre illimité de cadres ayant accumulé plusieurs décennies d’expérience dans des secteurs stratégiques.
L’eau est l’un de ces secteurs où l’expérience compte particulièrement. Il faut comprendre les infrastructures, les partenaires techniques et financiers, les contraintes d’exploitation, les réalités des populations, les mécanismes de financement et les exigences de la gestion publique.
Amadou Diouldé Diallo a consacré une partie importante de sa carrière à ce secteur. Quelles que soient les appréciations que l’on peut avoir sur sa gestion passée, sa compétence et son expérience constituent un patrimoine professionnel qui peut encore être utile à la Guinée.
Il serait donc dommage que les épreuves judiciaires qu’il a traversées constituent la fin de son engagement public.
Au contraire, après une relaxe, la République devrait pouvoir regarder vers l’avenir.
Un cri de cœur pour une réhabilitation
Ce plaidoyer est donc un cri de cœur : celui de voir l’État guinéen examiner avec attention la situation d’Amadou Diouldé Diallo et, plus largement, celle de tous les cadres ayant connu des procédures judiciaires qui se sont soldées par une relaxe ou une absence de condamnation.
La réhabilitation peut prendre différentes formes : reconnaissance publique, restauration de l’honneur professionnel, possibilité de servir à nouveau l’État, participation à des missions d’expertise ou toute autre mesure permettant de mettre l’expérience de ces cadres au service de la collectivité.
Il ne s’agit pas d’effacer le principe de responsabilité. Tout cadre public doit répondre de ses actes lorsqu’ils sont établis. Mais il faut également savoir reconnaître l’innocence ou la relaxe lorsque la justice se prononce en ce sens.
Une République forte ne doit pas seulement savoir sanctionner. Elle doit aussi savoir réparer, réhabiliter et valoriser.
Amadou Diouldé Diallo a été un haut responsable du secteur de l’eau, deux fois Directeur général de la SEG et ancien Secrétaire général du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement. Son expérience constitue un atout pour le pays.
Après plus de trois années de procédure et une relaxe, le moment est peut-être venu de regarder son parcours autrement : non plus à travers les accusations dont il a fait l’objet, mais à travers les années consacrées au service de l’État et l’expertise qu’il peut encore mettre au service de la Guinée.
La Guinée ne devrait pas perdre ses cadres expérimentés. Elle devrait plutôt créer les conditions de la transmission entre générations et permettre à ceux qui ont fait leurs preuves de continuer, lorsque la justice les a blanchis, à servir leur pays.
La réhabilitation d’Amadou Diouldé Diallo serait, dans cette perspective, bien plus qu’une réparation individuelle. Elle pourrait être le symbole d’une administration qui sait reconnaître ses compétences, réparer les injustices et faire de l’expérience de ses cadres un levier au service de l’intérêt général.
Youssouf Camara communicant indépendant
