Ousmane Baldé: l’homme qui a donné une monnaie à la Guinée et l’a payé de sa vie .

Baldé Ousmane : l’homme qui a donné une monnaie à la Guinée, et l’a payé de sa vie

Ousmane Baldé est issu de la lignée des Uururɓe Kulunnaaɓe ou Kulunnanke, fondatrice et régnante du diiwal (province en français) de Koyin dans la Confédération théocratique du Fuuta-Jalon. Né en 1924, il fut l’un des plus grands techniciens des finances publiques que la Guinée ait connus.

Baldé Ousmane était sympathisant du RDA (Rassemblement Démocratique Africain, le parti de Sékou Touré), mais pas membre à part entière. Il était très proche d’El Hadj Saïfoulaye Diallo, futur président de la première Assemblée nationale guinéenne, ce qui explique les affinités qu’il entretenait avec le parti.

Il faisait partie du camp de ceux qui s’opposaient au franc CFA, notamment Louis Lansana Béavogui, Ismaël Touré, Barry III et Diop Alassane, menés par Keïta Fodéba et Saïfoulaye Diallo, et qui avaient fini par l’emporter. Donc Sékou Touré n’était pas seul à dire non au CFA.

Création de la monnaie guinéenne

Après l’indépendance de la Guinée le 2 octobre 1958, le pays avait voulu faire modifier les règles de la zone franc pour y rester, mais après le refus des autorités françaises, la création d’une monnaie nationale était devenue inévitable.

La réorganisation économique du pays, incluant la création de la Banque de la République de Guinée et de la monnaie guinéenne, fut annoncée à la Conférence économique de Dalaba des 25 et 27 février 1960. La création officielle du franc guinéen eut lieu le 1er mars 1960.

Rôle central dans le système monétaire guinéen

Directeur du Trésor

Sur les conseils d’El Hadj Saïfoulaye Diallo, il fut nommé directeur du Trésor juste après l’indépendance, poste depuis lequel il organisa concrètement la transition du franc CFA vers le franc guinéen.

Co-signataire des premiers billets

Baldé Ousmane, Secrétaire d’État aux Finances, fut co-signataire avec le président Sékou Touré des billets de banque du franc guinéen en 1960.

Premier Gouverneur de la Banque Centrale

Ousmane Baldé fut nommé Gouverneur de la Banque centrale. Compétent et intègre, il occupa une place prépondérante dans le domaine des finances et des banques. C’est lui qui bâtit de zéro les structures et règles de fonctionnement de la BCRG.

Ministre du Contrôle Financier

La création d’un Ministère du Contrôle Financier en 1967 avait suscité beaucoup d’espoirs. À sa tête avait été nommé Ousmane Baldé, haut fonctionnaire compétent et honnête. De nombreuses missions de contrôle furent envoyées à travers le pays et leurs rapports dévoilèrent beaucoup de malversations mettant en cause les plus hautes autorités de l’État.

Une fin tragique

Les accusations

Il fut officiellement accusé d’avoir participé en tant que mercenaire à l’invasion portugaise de la Guinée de novembre 1970.

La vraie raison

Sa connaissance intime des manipulations économiques du chef de l’État explique que le président l’impliqua sans preuves dans l’attaque guinéo-portugaise contre le régime.

Entre autres, Baldé Ousmane aurait découvert une affaire de corruption sur une commande de timbres postaux dans laquelle le frère de Sékou Touré était impliqué. Autre raison, il refusait systématiquement de « lécher les bottes » du responsable suprême, Sékou Touré.

L’exécution

Il fut condamné à la peine de mort sans jugement. Ousmane Baldé fut pendu le 25 janvier 1971 avec Barry III, au Pont Tombo.

Un témoin résume : « Baldé Ousmane fut pendu parce qu’il était un bon technicien des finances et en savait long sur les méthodes par lesquelles le Clan Touré s’était approprié le trésor du pays. »

Baldé Ousmane incarne à la fois la grandeur et la tragédie de la Guinée post-indépendance.

Formé à l’École William Ponty, militant pour la souveraineté monétaire, architecte technique du franc guinéen, premier gouverneur de la banque centrale et gardien intègre des finances publiques, il a posé les fondations du système monétaire guinéen.

Son honnêteté et sa compétence, qui auraient dû être ses plus grandes qualités, furent précisément les raisons de son élimination par un régime qu’il avait pourtant fidèlement servi.

Guineactuplus

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