Guinée : Le fantasme de la démocratie et le syndrome de l’exil!

Le fantasme de la démocratie et le syndrome de l’exil !

Nous avons été quelques-uns à nous opposer à visage découvert au CNRD et au pouvoir absolu du général Mamadi Doumbouya,

Nous n’avons cessé de dénoncer le pouvoir pendant la période dite de transition,

Si beaucoup d’opposants aux pratiques du CNRD sont des militants des rares partis politiques dits d’opposition, quelques-uns sont de simples citoyens objecteurs de conscience, incapables de se taire face à l’injustice,

La réalité a été qu’au fur et à mesure que le pouvoir du CNRD se durcissait face aux libertés publiques, se réduisaient, comme peau de chagrin, l’opposition frontale au régime issu du coup d’état du 5 septembre 2021,

Plus que pour des raisons purement opportunistes, l’instinct de survie a motivé la modération ou le silence de nombreux d’entre nous ,

Face à l’arbitraire décomplexé du pouvoir et aux disparitions forcées, certains avaient estimé qu’il valait mieux “laisser les Guinéens se débrouiller,

Cela a pu se traduire en :

“Il ne faut pas mourir pour les Guinéens, ils méritent leur sort”,

“Les Guinéens ne sont pas prêts “

Ou encore : “le Guinéen se bat pour son ventre”

Toujours est-il qu’on est passé progressivement de la violation des droits et libertés à l’incrimination de la dénonciation desdites violations,

Bref, nous avons compris qu’il fallait se tenir à carreau pour des raisons de sécurité, de tranquillité et d’inclusion,

Beaucoup pensent, à tort à l’on avis, que nos concitoyens portés disparus ont joué avec le feu. Qu’ils n’avaient qu’à se taire comme tout le monde s’assurer une liberté de mouvement,

Ces désabusés ont conseillés de laisser le CNRD tranquille, et c’est pourtant les mêmes qui reprochent aux pro démocratie d’accuser le CNRD des disparitions forcées sans la moindre preuve,

On remarquera toutefois qu’à ce jour, aucun soutien du pouvoir du CNRD n’a encore été porté disparu ou, pour être politiquement correct, n’a exercé son droit à la disparition,

Ces constats très objectifs auraient pu nous dissuader de crier démocratie, justice et droits humains, dans un pays où on s’accommode très facilement à des violations de toutes sortes,

Pourvu qu’ils en soient épargnés, aucune violation des droits humains ne perturbe les Guinéens au point qu’ils prennent le risque d’en payer le prix,

Ceux des Guinéens qui se sont ouvertement indignés face à ce qu’il faut qualifier de dérives du CNRD, sont le plus souvent des Guinéens établis à l’étranger,

Ces Guinéens de la diaspora, très peu nombreux d’ailleurs, semblent avoir fait une croix sur un retour éventuel au pays tant que Mamadi Doumbouya dirige le pays,

Je dois avouer que c’est très altruiste de se priver de séjours au pays et des retrouvailles avec les siens au nom des droits humains,

Le risque était encore mesuré quand il y avait encore une lueur d’espoir que le CNRD finirait par s’évaporer du pouvoir en Guinée. Mais il devient suicidaire et démesuré dans l’hypothèse d’un Mamadi Doumbouya “élu” pour sept ans,

Je suis de ceux qui estiment n’avoir rien à regretter, de refaire la même chose si les enjeux vitaux pour le peuple étaient encore en jeu,

Mais force est de reconnaître qu’il y a de grandes difficultés à être privé de son pays et des siens, pour la simple raison de s’être battu pour ses convictions sans enfreindre aucune loi,

Beaucoup pensent pourtant que cette posture est naïve, parce que, pensent-ils, dans une dictature la volonté du plus fort fait loi,

Dans cette conception, ainsi donc, ceux qui ont choisi de se taire, de serrer les dents ou, mieux encore, de soutenir le pouvoir, sont les plus intelligents,

Plus intelligents que nous qui nous nourrissons encore du fantasme de la démocratie et des droits humains dans un pays où la vie humaine a toujours reculé face aux contingences du pouvoir absolu,

Cependant, même si la réalité de l’arbitraire s’est momentanément imposée à nos aspirations de justice et de liberté, les vainqueurs n’ont-ils pas la responsabilité de nous protéger ?

Ceux qui ont gagné la bataille ne nous rassurent pas, au contraire ils nous inquiètent, alors même que nous sommes nombreux à ne pas nous résoudre à leurs opinions, même si nous sommes tenus de subir leur force,

Avons nous eu tort de prendre autant de risques pour nos vies et notre sécurité, alors qu’il aurait suffi que nous nous taisions comme les autres ?

Et pourtant, nous n’avons fait que défendre les autres, les nôtres, avec nos mains nues, nos mots choisis et nos plumes téméraires, pour un peuple qui ne nous lit même pas,

Comprenez nous, nous sommes incapables de nous taire quand les nôtres subissent les excès de ceux qui sont censés tous nous défendre,

Ceux qui sont faits pour dénoncer ne dînent pas au palais,

Ils dorment affamés avec leur idéal de pouvoir dire non, même au péril de leurs vies.

Maitre Baba titi Sidibé

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