Tob Baldé : je ne suis pas fier de cette Guinée

Screenshot

JE NE SUIS PAS FIER DE CETTE GUINÉE

Je ne suis pas fier de cette Guinée où l’on élève parfois des demeurés au rang de héros, pendant que des hommes d’État, des serviteurs de la République et des patriotes de conviction sont marginalisés, humiliés, persécutés ou contraints à l’exil.

Je ne suis pas fier de cette Guinée où le mérite, la compétence, l’expérience et le parcours semblent parfois compter moins que la proximité avec le pouvoir. Une Guinée où des individus sans véritable expérience de l’État peuvent accéder aux plus hautes responsabilités, tandis que des hommes ayant consacré des décennies au service public sont traités comme s’ils étaient devenus indésirables dans leur propre pays.

Je ne suis pas fier de cette Guinée où l’on peut exproprier, persécuter, révoquer des documents administratifs, dissoudre des formations politiques et pousser des citoyens guinéens à quitter leur terre natale, avant de prétendre ensuite parler d’unité nationale et de réconciliation.

Le destin de Sidya Touré restera malheureusement comme l’une des illustrations les plus douloureuses de cette dérive. Ancien Premier ministre, ancien député, ancien Haut Représentant du chef de l’État et figure majeure de la vie politique guinéenne, il s’est éteint à Paris le 25 septembre 2026, loin de cette Guinée qu’il avait pourtant servie et pour laquelle il s’était engagé politiquement pendant des décennies. Qu’on l’ait aimé ou combattu politiquement importe peu aujourd’hui. Un État digne de ce nom doit savoir distinguer l’adversaire politique de l’ennemi de la République. La mort d’un homme d’État devrait être un moment de rassemblement, de respect et de dépassement des querelles politiques.

Et c’est précisément là que le malaise demeure.

Certes, le gouvernement a finalement rendu public un message officiel de condoléances le 26 septembre, par l’intermédiaire du Premier ministre, au nom du président de la République et du gouvernement. Mais lorsqu’un homme ayant occupé la fonction de Premier ministre et marqué plusieurs décennies de la vie nationale disparaît après des années d’exil, la question du traitement qui lui a été réservé de son vivant demeure entière. On ne répare pas une injustice politique avec quelques phrases protocolaires prononcées après la mort. Une République qui respecte ses fils ne devrait jamais attendre leur disparition pour reconnaître leur contribution.

#Sidya_Touré n’était peut-être pas aimé de tous. Il n’était certainement pas infaillible. Mais il avait un parcours, une expérience, une vision et une histoire politique. Il appartenait à cette génération de responsables qui avaient choisi de servir l’État et de porter leurs convictions dans le débat public. La Guinée devrait pouvoir honorer ses anciens Premiers ministres, ses anciens présidents, ses opposants, ses intellectuels et tous ceux qui ont contribué à son histoire, sans conditionner leur dignité à leur proximité avec le pouvoir du moment. Car une République qui célèbre uniquement ceux qui lui plaisent aujourd’hui et efface ceux qui la dérangent prépare dangereusement son propre appauvrissement moral.

La Guinée mérite mieux que cela. Elle mérite une République où le mérite précède la récompense, où la compétence prime sur la courtisanerie, où l’adversaire politique n’est pas considéré comme un ennemi à abattre, où l’exil ne devient jamais l’ultime refuge d’un citoyen qui n’a fait que défendre ses convictions.

Je ne suis pas fier de cette Guinée-là. Mais je continuerai de croire en une autre Guinée : celle où l’État appartient à tous, où la dignité humaine est supérieure aux intérêts du pouvoir et où l’histoire nationale ne sera plus écrite par les vainqueurs du moment, mais par la vérité des faits.

À #Sidya_Touré, je dis simplement : vous êtes parti, mais votre parcours appartient désormais à l’histoire de la Guinée. Qu’Allah vous accorde Son pardon et Sa miséricorde, et qu’Il donne à notre pays des dirigeants capables de comprendre que la grandeur d’un État ne se mesure pas à la puissance de ceux qui le dirigent, mais à la manière dont il traite ses citoyens, y compris ceux qui ne pensent pas comme lui.

Paix à votre âme, Monsieur le Premier ministre.

Tob Balde
@à la une

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *