Grâce accordée à Aliou Bah la réaction de Guillaume Bangoura

Cette histoire de grâce accordée à Aliou Bah ressemble bien davantage à une supercherie doublée d’une tentative d’humiliation qu’à un acte de clémence.

À titre personnel, je me réjouirai toujours de voir un Guinéen échapper aux griffes d’un régime qui pratique les disparitions forcées et sous lequel les morts suspectes se multiplient dans les prisons de l’État. Mais dans le cas précis de ce prisonnier politique, il ne s’agit même pas de lui rendre sa liberté : Mamadi Doumbouya cherche avant tout à se donner le beau rôle.

Il faut commencer par le rappeler : c’est Mamadi Doumbouya lui-même qui a fait emprisonner arbitrairement Aliou Bah, par l’intermédiaire d’une justice aux ordres qui l’a condamné à deux ans de prison pour « offense et diffamation envers le chef de l’État ».

Cette opération s’agissant d’Aliou Bah est d’abord une supercherie. Les autorités présentent cette libération comme une grâce présidentielle, alors que, dans les faits, la Cour de justice de la CEDEAO l’avait déjà ordonnée le 25 juin 2026, il y a plus de trois mois donc. Le procédé est d’autant plus grossier que cette même Cour vient de saisir la Cour suprême de Guinée pour obtenir l’exécution de sa décision.

Ce que l’on nous vend comme un geste de clémence n’est donc rien d’autre que l’application tardive et contrainte d’une obligation.

Mais la duplicité ne s’arrête pas là. On cherche aussi à humilier un responsable politique au verbe haut, qui a conservé toute sa dignité en détention et n’a jamais transigé avec ses principes, malgré l’épreuve.

Cette tentative d’humiliation est plus sournoise encore. Aliou Bah a été condamné à 24 mois de prison et en a déjà purgé 22. Il ne lui reste donc que deux mois à accomplir dans l’hypothèse où l’on ne tient pas compte de cette décision de la Cour de Justice de la CEDEAO. Or le bénéfice de cette grâce est conditionné à « l’accomplissement d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion d’une durée de 45 jours ».

Faites le calcul : sur deux mois restants, Aliou Bah ne gagnerait au mieux qu’une quinzaine de jours. Et comme les modalités de ce stage ne sont même pas précisées, les délais de mise en œuvre risquent de grignoter encore ce maigre gain.

En échange de ces quelques jours, il devrait aller écouter les leçons de civisme de ceux-là mêmes qui font disparaître nos compatriotes et sous l’autorité desquels des Guinéens sont victimes d’exécutions sommaires et enfouis dans des fosses communes.

Aliou Bah n’a aucun besoin de ces « enseignements ». C’est plutôt à ceux qui l’ont enfermé qu’il faudrait apprendre le respect du droit et des libertés.

La décision finale lui appartient pleinement, en concertation avec ses avocats. Mais de mon point de vue, Aliou Bah devrait refuser le bénéfice de cette grâce et, par conséquent, refuser de participer à ce stage de propagande et de lavage de cerveau.

Cette grâce n’est ni une faveur, ni un acte de clémence, mais une mise en scène destinée à l’humilier pour lui faire gagner, au bout du compte, quelques jours à peine.

Guillaume Bangoura

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *