Au cours du mois d’avril dernier, l’ Afrique du Sud a été le théâtre de violences xénophobes d’une rare brutalité dirigées contre des ressortissants africains, accusés, à tort, de « voler » les emplois des nationaux.
Ces actes barbares, contraires aux valeurs fondamentales de dignité humaine, de solidarité africaine et de coexistence pacifique, constituent une énième récidive dans un pays dont la libération du régime d’apartheid avait mobilisé la quasi-totalité des dirigeants africains des années 1960, ainsi que l’ensemble de la communauté internationale.
Ces violences portent une grave atteinte à l’héritage politique et moral de Nelson Mandela, figure emblématique de la lutte contre l’apartheid. Après avoir consacré près d’un demi-siècle de sa vie à combattre l’oppression raciale, et après avoir subi vingt-sept années d’emprisonnement dans des conditions inhumaines, Nelson Mandela avait, lors de son accession à la magistrature suprême au début des années 1990, fait de la réconciliation nationale, du vivre-ensemble et de l’unité dans une « nation arc-en-ciel » les piliers de son action politique.
Cet engagement exceptionnel lui valut le Prix Nobel de la paix en 1993. Les actes xénophobes observés aujourd’hui constituent une violation manifeste des principes consacrés par la Union africaine, notamment ceux contenus dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, laquelle garantit le respect de la dignité humaine, l’égalité entre les peuples, la non-discrimination ainsi que la protection des droits fondamentaux des personnes vivant sur le territoire des États membres.
Face à cette situation préoccupante, les institutions africaines de défense des droits de l’homme, ainsi que les mécanismes compétents de l’Union africaine, ont le devoir juridique et moral de condamner fermement ces pratiques déshumanisantes et de veiller au respect des engagements internationaux et régionaux souscrits par l’Afrique du Sud.
Force est de constater que le gouvernement sud-africain a gravement failli à ses responsabilités régaliennes en matière de protection des personnes et de leurs biens, conformément aux obligations découlant du droit international des droits de l’homme et des instruments africains de gouvernance démocratique et de sécurité collective.
Par ailleurs, certains États africains, notamment le Nigeria, la Tanzanie et le Botswana, ont envisagé des mesures de réciprocité à l’encontre des ressortissants sud-africains présents sur leurs territoires. Une telle escalade diplomatique risquerait de fragiliser davantage l’intégration africaine et les relations de coopération interétatique promues par les textes fondateurs de l’Union africaine.
Il est donc impératif que les autorités sud-africaines prennent des mesures durables, efficaces et conformes à l’État de droit afin de prévenir toute résurgence de violences xénophobes, de sanctionner les auteurs de ces actes et de restaurer la confiance entre les peuples africains, dans le respect des idéaux panafricanistes défendus par Nelson Mandela.
Signé : Zackaria Sylla
