
Droit de réponse à Empereur Dondon concernant le dossier Sandaly Keïta
J’ai pris connaissance de votre dernière publication relative à la mise en détention préventive de M. Sandaly Keïta et de ses présumés complices, poursuivis dans le cadre d’une affaire portant notamment sur des faits présumés d’escroquerie, de faux en écriture comptable et d’autres infractions qui auraient porté atteinte aux intérêts de la Direction générale des impôts.
Je vous conseille de redescendre sur terre et de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Il est facile de porter des accusations contre la Directrice générale des impôts et le procureur N’Faly Doumbouya. En revanche, apporter des preuves tangibles à l’appui de ces accusations est une tout autre chose.
Les faits reprochés à M. Sandaly Keïta et à ses coïnculpés sont présentés comme étant d’une particulière gravité et susceptibles de porter atteinte aux efforts de mobilisation des recettes entrepris par l’équipe actuelle de la Direction générale des impôts. Il est donc important d’éviter de relayer des rumeurs ou des allégations non vérifiées susceptibles de ternir l’image de responsables publics, qui pourraient, s’ils s’estiment diffamés, exercer les recours prévus par la loi.
- À propos des prétendus non-lieux et ordres de libération
Vous affirmez avec certitude qu’il y aurait eu trois décisions de non-lieu ainsi que trois ordres de libération qui auraient été empêchés par la Directrice générale des impôts et le procureur.
Sur quel fondement juridique repose une telle affirmation ? Pouvez-vous citer un seul article du Code de procédure pénale qui conférerait à ces autorités le pouvoir de s’opposer à l’exécution d’une décision judiciaire ?
Pourquoi ne laissez-vous pas les avocats de M. Keïta présenter publiquement les preuves de ces prétendues décisions ? Dans d’autres dossiers très médiatisés, les avocats communiquent régulièrement à travers des conférences de presse afin d’informer l’opinion publique sur l’évolution de la procédure et les difficultés rencontrées. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans cette affaire ?
Au lieu de recourir à des attaques contre des cadres de l’administration, il serait préférable que la défense utilise les voies légales pour faire valoir ses arguments.
- Sur le fonctionnement de la justice
La Guinée est un État de droit. Les décisions judiciaires importantes font généralement l’objet d’une certaine publicité.
Pouvez-vous produire une seule preuve, un document ou un article de presse crédible attestant de l’existence de ces trois décisions de non-lieu ?
Par ailleurs, les décisions de justice peuvent faire l’objet de recours devant les juridictions supérieures, conformément au principe du double degré de juridiction. Il est donc essentiel de s’en tenir aux faits établis plutôt qu’à des affirmations non démontrées.
- À propos des titres universitaires
Vous mettez en avant le doctorat de votre mentor comme principal argument.
Je vous conseille de vous méfier des titres académiques lorsqu’ils sont utilisés comme unique critère de compétence. Aujourd’hui, de nombreux cadres compétents, performants et efficaces ne sont pas titulaires d’un doctorat. Dans les domaines de la fiscalité et de la gestion publique, les connaissances évoluent rapidement et nécessitent une formation continue ainsi qu’une adaptation permanente aux nouveaux outils et aux nouvelles pratiques.
Il est donc peu pertinent de présenter un diplôme obtenu il y a plusieurs décennies comme une garantie suffisante de compétence, alors que les systèmes fiscaux et les méthodes de gestion connaissent des évolutions constantes.
Je vous invite à faire preuve de davantage de retenue dans vos prises de position publiques et à éviter les accusations qui ne reposent pas sur des éléments vérifiables.
Si les avocats de M. Keïta estiment que leur client est victime d’une injustice, qu’ils utilisent les voies de droit pour défendre sa cause devant les juridictions compétentes et, si nécessaire, devant l’opinion publique. C’est ainsi que fonctionne un État de droit.
Enfin, je tiens à rappeler que de nombreuses informations relatives aux manœuvres de dénigrement visant certains hauts cadres de la Direction générale des impôts circulent déjà. Si ces attaques persistent, chacun assumera la responsabilité de ses propos et des éléments qu’il choisira de rendre publics, dans le respect de la loi. Signé : Youssouf Camara
