
Après la visite de M. Alpha Bacar Barry, ministre de l’Éducation nationale, à la famille de Mamadou Djouma, c’est au tour du ministre de la Justice, M. Ibrahima Sory 2 Tounkara, qui prétend montrer “le visage humain” de son institution en se rendant lui aussi au domicile de la famille pour présenter ses “condoléances d’usage”.
Pourtant, cette justice n’a montré aucun visage humain lorsqu’il fallait protéger cet enfant.
Mamadou Djouma Bah avait 17 ans. Il était mineur. À ce titre, il relevait du tribunal pour enfants, et non d’une juridiction ordinaire, comme l’imposent le Code de l’enfant guinéen ainsi que tous les instruments internationaux ratifiés par notre pays, au premier rang desquels la Convention relative aux droits de l’enfant.
Ces textes consacrent des principes clairs : la primauté de l’intérêt supérieur de l’enfant, le caractère exceptionnel et de dernier recours de la détention d’un mineur, la priorité donnée aux mesures éducatives sur la sanction pénale, et le droit à une justice spécialisée, adaptée à son âge et à sa vulnérabilité.
Rien de tout cela n’a été respecté.
Cet enfant a été déféré devant le TPI de Kindia, placé sous mandat de dépôt, puis condamné à un mois de prison ferme, en application de dispositions du Code pénal, sans que son statut de mineur ne soit jamais pris en compte. On a jugé un enfant comme on jugerait un adulte. On l’a privé des garanties que son âge lui conférait pourtant de plein droit.
Invoquer des articles du Code pénal ne saurait justifier une telle défaillance : lorsqu’un texte entre en conflit avec la protection due à l’enfance, c’est cette protection qui prime. Le discernement du juge, précisément, aurait dû faire la différence. Ce discernement a fait défaut.
L’inadéquation entre son état de santé et la détention n’a par ailleurs pas été prise en compte.
Cette justice a donc, elle aussi, failli. L’Éducation nationale n’est pas la seule responsable.
Tous les responsables de ce drame doivent par conséquent répondre de leurs actes ou de leurs défaillances.
Un enfant est mort parce que les institutions censées le protéger ont toutes, l’une après l’autre, tourné le dos à ses droits.
Les têtes doivent tomber. Les condoléances ne suffisent pas.
Justice pour Mamadou Djouma Bah.
Guillaume 𝑩𝒂𝒏𝒈𝒐𝒖𝒓𝒂
