le complot permanent: quand le coupable parfait est déjà désigné

Le complot permanent : quand le coupable parfait est déjà désigné

Sous le régime de Sékou Touré, le « complot permanent » avait fini par devenir une véritable méthode de gouvernement. Lorsqu’il fallait neutraliser un responsable, faire taire une voix discordante ou se débarrasser d’un citoyen devenu gênant, il suffisait parfois de le désigner comme comploteur, traître ou ennemi de la République.

Aujourd’hui, des décennies plus tard, il est profondément inquiétant de voir ressurgir des mécanismes qui rappellent cette sombre période de notre histoire. Le coupable parfait semble déjà tout trouvé.
Depuis hier, le magistrat #Algassimou_Diallo, avocat à la Cour suprême, est présenté par certains individus, soutiens affichés du régime, comme un prétendu traître qu’il faudrait désormais clouer au pilori. Des accusations graves circulent, souvent sans la moindre preuve tangible, accompagnées par endroits de propos à caractère ethnocentrique qui ne font qu’envenimer davantage une situation déjà particulièrement sensible.

Et comme si cela ne suffisait pas, voilà désormais Cellou Dalein Diallo associé à cette affaire à travers un prétendu enregistrement audio. Mais l’ancien Premier ministre, joint par #Kouma_Media, dément catégoriquement avoir jamais rencontré ou échangé avec le magistrat. « Je m’étonne de me retrouver dans une affaire supposée avec un magistrat que je n’ai jamais connu. Je ne l’ai jamais vu, jamais rencontré, jamais échangé avec lui. Je ne le connais qu’à travers le petit écran lors du procès du 28 septembre. »

Une déclaration qui pose une question fondamentale : qu’en est-il réellement de cet audio ?
Avant de condamner, il faut authentifier. Avant d’accuser, il faut démontrer. Avant de livrer un citoyen à la vindicte populaire, il faut établir les faits.

La question de l’authenticité de cet enregistrement est donc centrale. Qui l’a enregistré ? Dans quelles circonstances ? Quand ? Par qui a-t-il été diffusé ? A-t-il été authentifié par une expertise indépendante ? Les voix ont-elles été formellement identifiées ? L’enregistrement est-il intégral ou a-t-il été découpé, monté ou sorti de son contexte ?

Autant de questions auxquelles il faut répondre avant de fabriquer un coupable. Car c’est précisément là que réside le danger. On commence par un audio dont l’authenticité est contestée ou non établie. On y ajoute des interprétations. Puis viennent les accusations sur les réseaux sociaux. Ensuite, les qualificatifs infamants : « traître », « comploteur », « ennemi ». Enfin, la foule est invitée à réclamer la tête du prétendu coupable. Et lorsque la machine médiatique et militante est lancée, la preuve devient presque secondaire.

Le procès précède le jugement.

La Guinée a déjà payé un prix beaucoup trop lourd pour cette culture de la suspicion permanente. Nous savons où peuvent conduire les accusations fabriquées, les procès d’intention et la désignation arbitraire d’ennemis intérieurs.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse donc largement la personne d’Algassimou Diallo. C’est une question de principe.
Si ce magistrat a commis une faute, qu’on produise les preuves. Si un enregistrement existe réellement, qu’il soit soumis à une expertise technique indépendante. Si des faits pénalement répréhensibles sont établis, que la justice, dans le respect des droits de la défense, fasse son travail.
Mais si aucune preuve sérieuse n’est disponible, alors il faut avoir le courage de dénoncer cette mécanique dangereuse qui consiste à fabriquer un coupable avant même d’avoir établi le crime.

Et que dire de l’apparition soudaine du nom de Cellou Dalein Diallo dans cette affaire ? Là encore, prudence.
Une voix attribuée à quelqu’un n’est pas automatiquement sa voix. Un audio diffusé sur les réseaux sociaux n’est pas, par définition, une preuve judiciaire. Une accusation répétée mille fois ne devient pas une vérité par la seule force de sa répétition.

La justice ne doit pas être rendue par WhatsApp, Facebook ou les réseaux sociaux. Nous devons refuser cette banalisation de la calomnie et de la manipulation. Car aujourd’hui, le nom d’Algassimou Diallo est jeté en pâture. Demain, ce sera celui d’un autre magistrat, d’un journaliste, d’un opposant, d’un fonctionnaire ou d’un simple citoyen.

Le problème n’est donc pas de savoir qui sera le prochain « coupable parfait ». Le problème est de savoir combien de temps encore nous accepterons qu’on désigne des coupables avant de rechercher la vérité. La Guinée n’a pas besoin d’un nouveau « complot permanent ». Elle a besoin de justice, de preuves, de contradictoire et d’institutions suffisamment fortes pour résister aux passions politiques.

On ne protège pas la République en fabriquant des traîtres. On la protège en établissant la vérité. Et si l’audio est authentique, qu’on le prouve. S’il est faux, qu’on le dise. Mais dans les deux cas, qu’on cesse de fabriquer un coupable parfait avant même d’avoir établi les faits.

Tob Balde

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