
Soixante-sept ans après l’indépendance de notre pays, la Guinée demeure malheureusement un pays sous-développé, malgré ses immenses richesses du sol et du sous-sol. Le Rapport sur le développement humain des Nations unies de 2025 classe la Guinée au 179ᵉ rang sur 189 pays selon l’Indice de développement humain (IDH).
Cette situation résulte de la responsabilité collective des gouvernances successives, mais également d’une défaillance morale d’une partie de la population face aux nombreuses dérives qu’elle tolère, encourage ou soutient. Notre peuple est souvent prompt à célébrer des responsables accusés de détournement de fonds publics dès lors qu’ils réalisent quelques œuvres de charité, comme la construction d’une mosquée, l’envoi de quelques notables à La Mecque ou l’achèvement d’une maison des jeunes. Pourtant, la quasi-totalité des sommes détournées est investie dans des biens privés, notamment des immeubles, au détriment des infrastructures d’intérêt public telles que les écoles, les routes, les hôpitaux ou les centres de santé.
Depuis quelques semaines, le procureur spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a engagé une vaste opération de récupération des bras de mer (mangroves) le long du littoral. Il convient de rappeler que la destruction des mangroves constitue un grave problème environnemental. Elle entraîne notamment la raréfaction des ressources halieutiques, accroît les risques d’inondation des zones côtières et menace directement les moyens de subsistance de nombreuses populations. Ces pratiques se développent avec la complicité de certains cadres véreux de l’administration publique et le silence coupable d’une partie des riverains, qui acceptent parfois des avantages immédiats au détriment de l’intérêt général.
En réalité, si la sincérité guidait véritablement nos actions, ce patriote convaincu mériterait un soutien sans réserve. Malheureusement, une campagne de manipulation et de dénigrement semble être orchestrée contre lui par un réseau dont les intérêts sont menacés. Une telle situation amène à s’interroger : où va réellement notre pays ?
Tout le monde réclame la justice, mais peu sont disposés à l’accepter lorsqu’elle touche leurs propres intérêts. Voilà le véritable paradoxe de notre société : certains sont prêts à sacrifier l’avenir de toute une génération pour préserver des intérêts personnels et éphémères.
Si nous refusons d’accompagner ceux qui s’engagent courageusement pour défendre l’intérêt général, nous continuerons à nous enfoncer dans la misère, et les générations futures en paieront le prix.
Depuis plus de dix ans, les digues de Kaback et de Kakossa ont cédé. Des centaines d’hectares de plaines rizicoles et d’autres terres agricoles sont désormais envahis par les eaux marines, avec des conséquences dramatiques sur les conditions de vie de nos compatriotes. Pourquoi restons-nous indifférents face à cette catastrophe ? Chaque remblai effectué dans les bras de mer détruit progressivement des écosystèmes essentiels et compromet la survie des populations vivant dans les îles et les zones côtières.
J’en appelle aux plus hautes autorités de l’État afin qu’elles fassent preuve de fermeté face à ces pratiques illégales, dans le but de préserver notre environnement, qui constitue notre patrimoine commun et la garantie de la survie des générations présentes et futures.
Il convient enfin de saluer le courage, la détermination et le patriotisme du procureur spécial de la CRIEF, Alphonse Charles Wright, qui, au péril de sa propre sécurité, mène ce combat dans l’intérêt du peuple guinéen, malgré les critiques et l’ingratitude d’une partie de ses compatriotes.
Le premier ennemi de la Guinée est souvent le Guinéen lui-même lorsqu’il privilégie ses intérêts particuliers au détriment de l’intérêt national. Si nous faisons de notre pays le tombeau de ses élites et de ceux qui osent défendre le bien commun, nous ne connaîtrons jamais le développement, et nos enfants hériteront des mêmes difficultés. Après soixante-sept ans d’indépendance, notre pays ne peut plus se permettre de décourager ceux qui s’engagent pour sa transformation. L’histoire jugera notre capacité à soutenir les femmes et les hommes qui œuvrent avec courage pour la préservation de notre patrimoine national et la défense de l’intérêt général.
Youssouf Camara communicant indépendant
