
Proposition de renforcement des prérogatives de la CRIEF
Depuis le retour du magistrat Alphonse Charles Wright à la tête de cette institution, les lignes ont sensiblement bougé, notamment à travers le réexamen de certains dossiers sensibles, mais également par les nouvelles injonctions visant des cadres en fonction dont certains pensaient pouvoir se protéger derrière leurs positions ou leurs agissements politiques. Cette dynamique a contribué à changer considérablement le paradigme.
Les résultats enregistrés au cours des cent premiers jours sont suffisamment éloquents pour mériter d’être soulignés. Cette institution, qui commençait à perdre en crédibilité et à être progressivement ignorée par une partie des citoyens, semble aujourd’hui retrouver une place centrale dans la lutte contre la corruption et la gabegie financière.
Or, l’un des objectifs fondamentaux de la refondation de l’État demeure précisément la lutte contre les détournements de deniers publics, la corruption et la mauvaise gouvernance. À ce titre, la dynamique actuelle de la CRIEF mérite d’être consolidée afin de préserver son efficacité, sa célérité et la confiance retrouvée auprès des citoyens.
Cette évolution ne saurait être considérée comme le fruit du hasard. Le procureur Alphonse Charles Wright a, au cours de son parcours professionnel, occupé plusieurs responsabilités importantes au sein de l’appareil judiciaire et de l’administration publique. De procureur général à garde des Sceaux, en passant par la présidence du tribunal de la cour d’appel, il s’est distingué par son engagement dans le fonctionnement de la justice guinéenne. Son parcours lui a notamment valu une reconnaissance panafricaine dans le domaine de la justice.
Une extension nécessaire des domaines de compétence
Au regard des enjeux actuels, il apparaît opportun que le Président de la République envisage un élargissement des domaines de compétence de la CRIEF afin de lui permettre d’intervenir efficacement dans certains dossiers présentant un intérêt majeur pour la protection des biens et ressources de l’État.
Parmi ces dossiers figurent notamment les occupations anarchiques du domaine maritime de l’État, la destruction des mangroves, le remblayage des zones côtières et leur transformation à des fins de constructions immobilières. Il y’a un lien entre l’argent détourné dans les caisses de l’état et le blanchiment à travers ces constructions anarchiques en bordures de mer dont les montants destinés pour l’achat de ses domaines sont estimés à plusieurs milliards de nos francs il est important de souligner cet aspect de la question donc la connexion est très pointue à ce niveau .
Les conséquences de ces pratiques sont particulièrement préoccupantes. Elles affectent le patrimoine foncier et maritime de l’État, fragilisent les écosystèmes côtiers, menacent la biodiversité et aggravent la vulnérabilité du pays face aux effets du changement climatique.
Face à cette situation, il devient nécessaire de clarifier le cadre juridique applicable et de renforcer les mécanismes institutionnels permettant de poursuivre efficacement les auteurs de ces atteintes au patrimoine public et environnemental.
Mettre fin à la confusion et renforcer l’action publique
Les personnes impliquées dans ces occupations irrégulières ont, selon les observations faites sur le terrain, développé des stratégies de communication et de désinformation visant à semer le doute sur la légalité des opérations de répression et de récupération des domaines concernés.
Cette situation entretient une certaine confusion au sein de l’opinion publique. C’est pourquoi un renforcement clair des prérogatives de la CRIEF, accompagné d’un cadre juridique précis, permettrait de mieux encadrer son intervention et de mettre fin aux ambiguïtés qui peuvent entourer ces opérations.
Il ne s’agit pas seulement de renforcer les pouvoirs judiciaires de l’institution, mais également de lui donner les moyens nécessaires pour exercer efficacement ses nouvelles missions.
Des moyens humains et matériels indispensables
L’élargissement des compétences de la CRIEF devrait nécessairement s’accompagner d’un dispositif opérationnel adapté.
Cela implique notamment :
- le renforcement des effectifs, en particulier des agents chargés des investigations et des opérations de terrain ;
- la mise à disposition de moyens logistiques et techniques appropriés ;
- la collaboration étroite avec les services compétents de l’État en matière d’environnement, de foncier, d’urbanisme et de protection du domaine maritime ;
- la mise en place de mécanismes permettant, après les décisions judiciaires appropriées, de procéder à la libération et à la restauration des espaces occupés illégalement ;
- le renforcement des capacités d’enquête et de documentation des infractions portant atteinte au patrimoine public et environnemental.
Une telle approche permettrait d’éviter que les décisions judiciaires restent sans effet concret sur le terrain.
Une responsabilité historique
Les citoyens fondent aujourd’hui beaucoup d’espoir sur la détermination du procureur spécial et sur la capacité de la CRIEF à lutter efficacement contre les pratiques qui portent atteinte aux intérêts de l’État.
La protection du domaine maritime, des mangroves et des autres écosystèmes constitue désormais un enjeu national majeur. Elle ne relève plus uniquement de la question environnementale : elle touche également à la gouvernance, à la protection du patrimoine public, à l’aménagement du territoire et à la sauvegarde des intérêts des générations futures.
Dans ce contexte, le renforcement des prérogatives de la CRIEF, dans le strict respect de la Constitution, des lois et des droits de la défense, pourrait constituer une réponse institutionnelle forte à un phénomène qui menace à la fois le patrimoine de l’État et l’équilibre écologique du pays.
La lutte contre la gabegie financière ne devrait donc pas être dissociée de la lutte contre les atteintes au patrimoine public et aux ressources stratégiques de la Nation. Une CRIEF dotée de compétences clairement définies, de moyens suffisants et d’une réelle capacité opérationnelle pourrait ainsi devenir un instrument encore plus efficace de la refondation de l’État et de la restauration de la confiance des citoyens.
Youssouf Camara Communicant indépendant
