
Guinée : le pays champion dans la descente de ses cadres, religieux et hommes riches
Depuis 1958, la Guinée est malheureusement réputée pour certaines pratiques de dénigrement, de calomnie et de diffamation visant régulièrement des intellectuels, des religieux, des entrepreneurs et d’autres personnalités qui jouent pourtant un rôle important dans la marche de la société. Cette tendance à « descendre » systématiquement ceux qui ont réussi, acquis une certaine influence ou consacré leur vie au service de la nation mérite une véritable réflexion collective.
Car une société qui détruit ses propres élites se prive progressivement de ses lumières. Lorsqu’une personnalité est injustement attaquée, sans preuves ni motifs sérieux, ce n’est pas seulement son honneur qui est atteint : c’est parfois toute une famille, une entreprise, une institution ou une œuvre qui en subit les conséquences. À long terme, cette culture de la suspicion peut contribuer au retard économique, intellectuel et social d’un pays.
L’entrepreneur : combattre la pauvreté par la création de richesse
Prenons d’abord le cas de l’homme d’affaires ou de l’entrepreneur qui bâtit un véritable empire économique.
Lorsqu’un entrepreneur crée une entreprise, il ne fait pas que rechercher son intérêt personnel. Il peut créer des centaines, voire des milliers d’emplois, payer des impôts, développer des compétences, faire vivre des familles et participer à la croissance économique.
Un entrepreneur qui réussit devient également une vitrine de son pays. Il peut représenter la Guinée dans des forums économiques internationaux, attirer des investisseurs étrangers et contribuer à améliorer l’image du pays auprès de partenaires internationaux.
Cela ne signifie évidemment pas que les riches ou les entrepreneurs doivent être au-dessus des lois. Toute personne, quelle que soit sa fortune, doit répondre de ses actes lorsqu’il existe des faits établis. Mais il existe une différence fondamentale entre demander des comptes sur la base de faits vérifiables et détruire une réputation à travers des rumeurs, des insinuations ou des accusations sans fondement.
Détruire injustement une personnalité économique, c’est parfois mettre en péril des emplois, des investissements et des opportunités qui profitent à toute la communauté.
L’intellectuel : la lumière d’une nation
Le deuxième pilier est celui de l’intellectuel.
Un pays ne se développe pas uniquement avec des routes, des bâtiments et des infrastructures. Il se développe également grâce à ses enseignants, ses chercheurs, ses ingénieurs, ses médecins, ses écrivains, ses universitaires et tous ceux qui produisent et transmettent le savoir.
L’histoire démontre que les nations qui investissent dans l’éducation et la connaissance finissent par construire les économies les plus solides.
C’est pourquoi l’intellectuel devrait être considéré comme une richesse nationale. Ses travaux peuvent influencer plusieurs générations. Une découverte scientifique, une théorie, un livre, une innovation ou une formation peuvent produire des effets pendant des décennies.
L’idée selon laquelle, pour détruire durablement un pays, il suffit de s’attaquer à son système éducatif contient une vérité essentielle : la destruction du savoir affaiblit la capacité d’une société à penser, à innover et à résoudre ses propres problèmes.
La Guinée devrait donc protéger et encourager ses intellectuels au lieu de transformer trop facilement les débats d’idées en attaques personnelles.
Le religieux : une responsabilité morale
Le troisième pilier est celui des religieux.
Dans une société où la religion occupe une place importante, les chefs religieux peuvent jouer un rôle majeur dans la transmission des valeurs morales : le respect de la vie, la solidarité, l’honnêteté, la responsabilité, le pardon et la paix.
Les grandes traditions religieuses ont profondément influencé l’histoire des civilisations et ont contribué à façonner de nombreuses conceptions du bien et du mal, de la justice et de la responsabilité.
Le religieux n’est toutefois pas infaillible. Comme tout citoyen, il doit pouvoir être critiqué lorsque ses actes le justifient. Mais la critique doit rester fondée sur des faits et respecter la dignité de la personne.
La calomnie, l’insulte et la propagation volontaire de fausses informations ne deviennent pas acceptables simplement parce que la personne visée est connue ou influente.
Pourquoi cette obsession de la spéculation ?
Une question mérite alors d’être posée : pourquoi sommes-nous si souvent tentés de spéculer sur la vie et les intentions de ceux qui occupent une place importante dans notre société ?
Lorsqu’un entrepreneur devient riche, certains cherchent immédiatement à expliquer sa réussite par des suppositions.
Lorsqu’un intellectuel acquiert une influence, certains mettent en doute ses intentions.
Lorsqu’un religieux devient populaire, certains s’empressent de chercher un scandale.
Cette mentalité nourrit la méfiance et finit par décourager ceux qui souhaitent entreprendre, réfléchir, servir ou prendre des responsabilités.
Une société saine doit apprendre à distinguer la critique constructive de la destruction gratuite, l’enquête de la rumeur, la vigilance citoyenne de la diffamation.
Protéger les élites ne signifie pas les placer au-dessus des lois
Il faut cependant faire attention à ne pas tomber dans l’excès inverse.
Défendre les cadres, les religieux, les intellectuels et les hommes riches ne signifie pas leur accorder une immunité contre toute critique. La société doit pouvoir dénoncer la corruption, l’injustice, l’abus de pouvoir et tout comportement contraire à la loi.
Mais cette dénonciation doit être documentée, responsable et équitable.
La richesse ne doit pas acheter l’impunité. La religion ne doit pas empêcher la justice. Le diplôme ne doit pas placer quelqu’un au-dessus des citoyens. L’influence ne doit pas donner le droit de violer les règles.
En revanche, la pauvreté, l’échec ou la position sociale ne doivent jamais servir de justification pour humilier ou détruire quelqu’un.
Construire un nouvel héritage pour les générations futures
La Guinée a besoin d’une nouvelle culture : une culture dans laquelle la réussite d’un compatriote devient une source d’inspiration plutôt qu’une raison de jalousie ; où la critique repose sur des faits plutôt que sur des rumeurs ; où les intellectuels sont encouragés à produire ; où les entrepreneurs sont accompagnés dans la création d’emplois ; et où les religieux contribuent au renforcement de la paix et de la cohésion sociale.
Nous devons apprendre à célébrer ceux qui construisent, tout en exigeant d’eux la responsabilité et la transparence.
Notre pays ne peut pas continuer à gaspiller son énergie dans la destruction mutuelle des réputations. Nous avons besoin de bâtisseurs, de penseurs, d’entrepreneurs, d’enseignants, de chercheurs, de responsables religieux et de citoyens engagés.
La Guinée ne progressera pas en jetant ses propres lumières dans les poubelles de l’histoire. Elle progressera en les soumettant à la justice lorsqu’elle est nécessaire, en les critiquant avec responsabilité lorsqu’elles se trompent, mais surtout en reconnaissant et en protégeant les contributions qui servent réellement l’intérêt collectif.
C’est à ce prix que nous pourrons transmettre aux générations futures une société plus juste, plus respectueuse, plus stable et plus confiante en elle-même.
Youssouf Camara
