
Guinée : des déguerpissements sélectifs dans les quartiers populaires de Conakry ?
En Guinée, les conséquences de la mauvaise gouvernance se font sentir à travers le chômage, la cherté de la vie et les nombreuses préoccupations liées au respect des droits des citoyens.
À ces difficultés vient désormais s’ajouter une situation particulièrement préoccupante : les opérations de récupération de concessions et de déguerpissement menées dans certains quartiers de Conakry.
À Coronthie, dans la commune de Kaloum, comme à Dar-Es-Salam, dans la commune de Ratoma, des familles voient leurs habitations démolies par des bulldozers. Selon les témoignages rapportés, ces opérations seraient menées sans qu’un recensement préalable, un relogement ou une indemnisation suffisante n’aient été proposés aux personnes concernées.
La question qui se pose est donc simple : peut-on procéder à l’expropriation ou à la démolition des habitations de citoyens sans garantir leurs droits et sans respecter les procédures prévues par la loi ?
Plus préoccupant encore est le sentiment d’une application sélective des opérations de déguerpissement. Certaines anciennes cités et propriétés relevant du patrimoine de l’État, notamment à la SIG Madina ou dans le secteur de la Casse de Dixinn-Gare, intégré à la cité Touguiwondy, semblent, selon des habitants et observateurs, être épargnées par certaines opérations.
Cette situation alimente naturellement une interrogation légitime : les mêmes règles sont-elles réellement appliquées à tous les citoyens, indépendamment de leurs relations, de leur proximité avec le pouvoir ou de leur statut social ?
Il ne s’agit pas de s’opposer au développement urbain ni à l’aménagement de Conakry. Une capitale a besoin d’être planifiée, modernisée et sécurisée. Mais le développement ne peut être durable que s’il repose sur la justice, la transparence, l’égalité devant la loi et le respect de la dignité humaine.
Les citoyens concernés ont droit à des explications claires sur les motifs des opérations, à la transparence sur la propriété des terrains concernés, ainsi qu’au respect des procédures légales en matière d’expropriation, de relogement et d’indemnisation lorsqu’elles sont applicables.
La modernisation de Conakry ne doit pas devenir un prétexte pour fragiliser davantage les populations les plus vulnérables.
Une même loi pour tous, une même justice pour tous : voilà ce que les citoyens guinéens sont en droit d’exiger.
Youssouf Camara
