
La lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics semble entrer dans une nouvelle phase en Guinée. Les dernières décisions prises au sommet de l’État suscitent de nombreuses interrogations et alimentent l’espoir d’une offensive plus déterminée contre les pratiques qui fragilisent les finances publiques.
Le vendredi 22 août 2026, deux ministres importants du gouvernement ont été limogés. Aucun motif officiel n’a, à ce stade, été publiquement avancé pour expliquer ces départs. Toutefois, des rumeurs persistantes évoquent de possibles soupçons liés à la gestion de certains marchés publics attribués pendant leur passage aux responsabilités. Ces informations, qui demanderaient naturellement à être confirmées par les autorités compétentes, ont néanmoins nourri de nombreuses réactions au sein de l’opinion.
Cette situation intervient quelques jours seulement après une instruction du Premier ministre demandant aux membres du gouvernement de transmettre les différents contrats signés depuis septembre 2021. La concomitance de ces événements ne permet évidemment pas, à elle seule, d’établir un lien entre les deux faits. Elle témoigne cependant d’une volonté affichée de renforcer le contrôle sur la gestion des ressources publiques.
Un message politique qui se veut clair
Depuis plusieurs années, la question de la corruption constitue l’un des principaux défis de la gouvernance guinéenne. Les détournements présumés, les irrégularités dans les marchés publics et la mauvaise gestion des ressources de l’État alimentent une profonde défiance d’une partie de la population.
Dans ce contexte, la volonté affichée du président Mamadi Doumbouya de lutter contre les détournements des deniers publics est particulièrement observée. Une phrase du chef de l’État est régulièrement rappelée : lorsqu’il s’agit de corruption, il n’aurait pas « d’amis » et sa main ne tremblerait pas.
Cette promesse est désormais confrontée à une exigence majeure : faire en sorte que la lutte contre la corruption s’applique à tous, sans distinction de proximité politique, administrative ou personnelle.
Alphonse Charles Wright, un magistrat attendu au tournant
Dans cette nouvelle dynamique, le nom d’Alphonse Charles Wright revient avec insistance.
Son parcours dans la magistrature et son passage à la tête du parquet spécial chargé de la lutte contre la corruption lui ont donné une image de magistrat particulièrement offensif auprès d’une partie de l’opinion publique. Son passage au ministère de la Justice a également été marqué par une volonté affichée de renforcer la répression des infractions économiques et financières.
Son retour dans un rôle lié à la lutte contre la corruption suscite donc de nombreux espoirs. Pour ses partisans, il dispose de l’expérience, de la détermination et de la connaissance des mécanismes judiciaires nécessaires pour conduire une politique de lutte contre la corruption avec fermeté.
Mais cette mission comporte également une condition essentielle : l’indépendance de l’action judiciaire.
La carte blanche, oui, mais dans le respect de la loi
Donner « carte blanche » à un procureur ne devrait pas signifier lui permettre d’agir en dehors du droit. Cela devrait plutôt signifier lui garantir les moyens matériels, institutionnels et humains nécessaires pour mener les enquêtes sans pression politique, sans intervention extérieure et sans traitement de faveur.
La meilleure arme contre la corruption reste une justice crédible, impartiale et indépendante.
Si des responsables publics sont soupçonnés d’avoir commis des infractions, ils doivent pouvoir faire l’objet d’enquêtes sérieuses. Mais ces enquêtes doivent également respecter les droits de la défense, la présomption d’innocence et les procédures prévues par la loi.
C’est à cette condition que la lutte contre la corruption pourra dépasser le stade des opérations ponctuelles pour devenir une véritable politique publique durable.
Un enjeu qui dépasse les hommes
La question n’est finalement pas seulement de savoir si Alphonse Charles Wright est suffisamment déterminé pour mener cette bataille. Elle est de savoir si les institutions guinéennes sont prêtes à construire un système dans lequel aucun responsable, quelle que soit sa fonction ou sa proximité avec le pouvoir, ne serait au-dessus de la loi.
La réussite d’une telle politique aurait des conséquences considérables pour la Guinée.
Elle pourrait contribuer à améliorer la gestion des ressources publiques, renforcer la confiance des citoyens, rassurer les partenaires techniques et financiers et créer un environnement plus crédible pour les investisseurs et les grandes entreprises appelées à participer aux grands projets de développement, notamment dans la perspective de la Guinée à l’horizon 2040.
La lutte contre la corruption ne doit donc pas être perçue comme une chasse aux sorcières ou comme un règlement de comptes politique. Elle doit devenir un instrument de restauration de l’État de droit et de protection des ressources nationales.
Le véritable test commence maintenant
L’opinion publique guinéenne semble aujourd’hui attendre des actes.
Si le président Mamadi Doumbouya veut réellement traduire sa promesse de ne trembler devant aucun dossier de corruption, alors le meilleur signal serait de garantir aux magistrats chargés de ces dossiers la liberté d’enquêter, quelles que soient les personnes concernées.
Alphonse Charles Wright, comme tout magistrat investi d’une telle responsabilité, devra alors répondre devant la loi de ses actes, mais il devra surtout pouvoir travailler sans entrave.
La Guinée n’a pas seulement besoin d’hommes forts contre la corruption. Elle a besoin d’institutions fortes, indépendantes et durables.
C’est peut-être là que se trouve la véritable « carte blanche » : non pas le pouvoir d’agir sans limites, mais la liberté de faire appliquer la loi à tous, sans peur et sans favoritisme.
Si cette ligne est effectivement suivie, la lutte contre la corruption pourrait devenir l’un des leviers majeurs permettant à la Guinée de mieux protéger ses ressources, de renforcer la confiance de ses partenaires et de créer les conditions d’un développement durable à l’horizon 2040.
Youssouf Camara communicant indépendant
