ROLAND- GARROS: LE COURAGE. POITIERS: LE LEADERSHIP. MESSIEURS, AYEZ PITIÉ DE CONAKRY

ROLAND-GARROS : LE COURAGE. POITIERS : LE LEADERSHIP. MESSIEURS, AYEZ PITIÉ DE CONAKRY !

Il devait être fini, isolé, exilé, dépassé et politiquement enterré. Seulement voilà, Cellou Dalein Diallo refuse obstinément. Et pire encore, les organisateurs français semblent décidés à compliquer sérieusement le travail de ses fossoyeurs.

À Roland-Garros, Cellou Dalein est invité à la REF du MEDEF. Thème : LE COURAGE. Quelques heures plus tard, direction Poitiers, au Forum du Futuroscope. Thème : LE LEADERSHIP.

Franchement, messieurs les organisateurs, arrêtez ! À ce niveau, ce n’est plus de la programmation évènementielle. C’est de la provocation politique avec préméditation.

Il y a à Conakry des gens qui travaillent depuis des années, avec un acharnement presque sacerdotal, à expliquer que Cellou Dalein est fini. Et vous, non seulement vous continuez de l’inviter, mais vous choisissez les mots les plus susceptibles de troubler son enterrement politique.

Hier COURAGE, aujourd’hui : LEADERSHIP. À ce rythme, si la prochaine conférence s’intitule « L’homme d’État face à l’Histoire », prévenez les cardiologues. Car pendant que Cellou Dalein circule dans ces espaces de réflexion, à Conakry, les laboratoires acoustiques improvisés tournent à plein régime.

Ousmane Gaoual, lui-même au centre d’un tourbillon de rumeurs et de polémiques sur sa situation et sa gestion, a trouvé une urgence nationale d’expertiser la voix de Cellou Dalein. Makanéra Kaké, nouvelle version du député estampillé GMD, complète le laboratoire en expertise l’audio. Quelle admirable répartition des compétences ! Gaoual certifie la voix, Makanéra homologue l’audio. Et Cellou Dalein ? Il est invité.

Voilà toute la photographie du moment. Les uns expertisent sa voix, les autres sollicitent sa parole. Les uns s’accrochent à quelques secondes d’un enregistrement contesté, les autres l’invitent à plusieurs heures de réflexion sur l’économie, la société, la géopolitique et le leadership.

Les uns voudraient l’enfermer dans un téléphone, lui change de tribune. Et c’est peut-être cela qui devient politiquement cruel. Car on peut combattre un homme, contester son bilan, railler son exil, annoncer son déclin et même organiser symboliquement son enterrement. Mais lorsqu’on passe ensuite ses journées à parler de lui, on finit par démontrer soi-même qu’il n’est pas mort.

Le baobab, lui, ne court pas derrière chaque tambour qui résonne à son pied. Il pousse. Roland-Garros hier, Poitiers aujourd’hui. Le courage hier, le leadership aujourd’hui. Et demain ? Ne répondez surtout pas trop vite. Certaines tensions artérielles politiques pourraient ne pas supporter le programme.

Une chose devient cependant difficile à cacher, l’homme que certains s’épuisent à présenter comme l’homme d’hier réussit ce tour assez insolent de s’imposer de nouveau comme l’homme du moment. Et si cette dynamique continue, une question autrement plus dérangeante finira par s’installer toute seule : « N’est-ce pas lui l’homme de la situation ? »

Alors, messieurs les fossoyeurs, économisez vos pelles. Le mort bouge encore. Et manifestement, il voyage beaucoup.

Alpha Issagha Diallo
Correspondant spécial aux enterrements politiques où le défunt oublie systématiquement de se présenter.

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