
SÉKOUBA KONATÉ : LE GÉNÉRAL QUI A FUSILLÉ SA PROPRE GLOIRE
Il voulait salir les candidats de 2010. Il vient de signer l’acte d’accusation de sa propre transition.
Il existe des hommes qui passent leur vie à construire une réputation. D’autres consacrent leur retraite à la démolir. Le général Sékouba Konaté vient d’inaugurer une troisième catégorie, ceux qui organisent eux-mêmes les funérailles de leur propre gloire, avec fanfare, défilé militaire et salve d’honneur.
Pendant seize ans, l’homme a vécu sur les dividendes politiques de la transition de 2010. Cette transition, souvent saluée pour avoir permis le retour à un pouvoir civil, constituait son principal titre de reconnaissance historique. On lui avait dressé un piédestal, il vient d’y installer lui-même une charge explosive.
Écoutons notre illustre artificier ! Au premier tour de la présidentielle de 2010, affirme-t-il, il y aurait eu bourrage d’urnes. Au second, des machines auraient été manipulées au bénéfice d’Alpha Condé.
Magnifique ! Ainsi donc, sous la transition du glorieux général, les urnes auraient été enceintes de bulletins clandestins et les machines auraient accouché d’un président sur commande !
Et qui dirigeait cette transition ? Sékouba Konaté ! Qui en incarnait l’autorité suprême ? Sékouba Konaté ! Qui en a ensuite récolté les honneurs ? Toujours Sékouba Konaté !
Voilà un homme qui réclame les médailles du commandement tout en présentant aujourd’hui le bilan de son commandement comme un inventaire de manipulations. Il veut les galons du chef et l’innocence du spectateur.
Pourtant, dans un entretien de 2017 accordé à africaguinee.com, le même général affirmait avoir personnellement contribué, avec Tibou Kamara et sous l’impulsion de la communauté internationale, à convaincre Cellou Dalein Diallo d’accepter l’issue de la présidentielle de 2010. Neuf ans plus tard, le voilà qui revient nous expliquer que le scrutin aurait été entaché de manipulations !
Mais alors, mon Général, qu’aviez-vous donc demandé à Cellou Dalein Diallo d’accepter ? Une élection sincère ? Une victoire fabriquée ? Ou un résultat dont vous ignoriez vous-même les dessous ?
En 2017, vous vous présentiez comme l’un des artisans de l’acceptation du verdict. En 2026, vous en devenez le dénonciateur. Quelle admirable continuité dans la contradiction !
Le plus extraordinaire, c’est que le général vient ainsi donner un poids nouveau aux contestations formulées à l’époque par l’Alliance Cellou Président.
Le général avait contribué à faire refermer le dossier. Seize ans plus tard, il revient lui-même en arracher les scellés. Et comme si ce festival de contradictions ne suffisait pas, il évoque son séjour au Maroc pendant le second tour.
Pendant que la Guinée jouait une page décisive de son histoire, le président de la transition se trouvait à l’étranger. L’élection était guinéenne, les manipulations alléguées, sud-africaines et le président de la transition, au Maroc. Une présidentielle à trois pays et une responsabilité qui ne trouve toujours pas son adresse !
Mais enfin, mon Général, si vous saviez, pourquoi n’avez-vous pas parlé ? Si vous ignoriez, que surveilliez-vous ? Et si vous avez appris ces faits ultérieurement, pourquoi avoir attendu si longtemps pour les révéler publiquement ?
La Guinée vous avait reconnu un mérite historique d’avoir conduit une transition jusqu’au transfert du pouvoir aux civils. Vous venez de transformer ce mérite en objet d’interrogation. Il faut un talent peu commun pour revenir seize ans après une élection et faire de ses propres déclarations les pièces les plus embarrassantes du dossier de sa transition.
On connaissait les généraux qui perdaient des batailles. Voici celui qui revient bombarder son propre quartier général après avoir passé seize ans à célébrer sa victoire. Et le plus savoureux, c’est qu’il semble prendre la poussière des décombres pour les applaudissements de l’histoire.
Sékouba Konaté voulait jouer au procureur de 2010, il vient de s’installer lui-même sur le banc des questions embarrassantes. Car le véritable problème n’est plus seulement de savoir qui aurait manipulé les urnes ou les machines. Il est désormais de comprendre comment une transition présentée comme exemplaire aurait pu déboucher, selon les accusations de son propre chef, sur une présidentielle aussi profondément compromise.
Mon Général, personne ne vous avait demandé de saborder votre monument. Vous pouviez laisser l’histoire examiner votre bilan. Mais vous avez préféré lui fournir la dynamite, les allumettes et le procès-verbal. Vous vouliez réécrire l’histoire de 2010, vous venez surtout de rédiger le réquisitoire contre votre propre légende.
Et pour cette opération de démolition, inutile de chercher des saboteurs parmi vos adversaires. Le commandant du chantier, le fournisseur des explosifs et le premier témoin du désastre portent exactement le même nom : Sékouba Konaté.
Alpha Issagha Diallo
Expert agréé en autodestruction des monuments politiques.
