
SONAP : un réseau frauduleux fait perdre des milliards à l’État
Depuis la crise provoquée par la guerre en Iran et la flambée des cours mondiaux du pétrole, un vaste réseau de fraude s’est installé autour du carburant destiné aux sociétés minières.
Pour éviter une hausse brutale du prix à la pompe pour la population, l’État a choisi de répercuter l’augmentation sur le secteur minier.
Ainsi, le litre vendu aux compagnies minières est fixé à 17 000 GNF, contre 12 000 GNF TTC pour le carburant destiné au grand public, soit une différence de 5 000 GNF par litre. C’est précisément sur cet écart que le réseau s’enrichit massivement.
Le carburant subventionné destiné à la population est détourné puis revendu dans les mines au tarif minier.
Pour une seule citerne de 40 000 litres achetée au prix TTC puis livrée dans une zone minière, le réseau empoche jusqu’à 200 millions de francs guinéens au détriment direct des caisses de l’État. Tout le système fonctionne essentiellement en espèces. Après cela, certains se demandent encore où disparaît la liquidité dans le pays.
Les cargaisons sont régulièrement acheminées vers Siguiri, Boffa, Boké et plusieurs autres zones minières, avec des frais de transport de 1 000 GNF par litre facturés à l’État.
Dans le même temps, le directeur général de la Société Nationale des Pétroles a accordé des licences de distribution de carburant à des entreprises appartenant à des cadres de la présidence ainsi qu’à certains hauts gradés, facilitant ainsi une pratique devenue virale au détriment des finances publiques.
Le réseau bénéficie clairement de protections à un très haut niveau. Sinon, comment expliquer que des camions qui ne sont officiellement pas destinés aux mines de Haute-Guinée, de Boffa ou de Boké puissent traverser les différents postes de contrôle, entrer sur les sites et dépoter tranquillement sans être inquiétés, alors que les douanes sont présentes sur place et que les axes routiers du Grand Conakry jusqu’à la Basse-Côte sont quadrillés par des contrôles ?
Pendant ce temps, la population continue de souffrir pendant qu’un système mafieux enrichit des opérateurs proches du CNRD .
Gbassikolo
Abdoul Latif Diallo
Journaliste d’investigation
Très très indépendant.
